Bonjour à tous..
Désolée pour ce long silence sur le
blog ces derniers temps..
Le départ de Ginette a été, pour moi
(comme pour nous tous), un nouveau séisme..
Difficile de retourner sur le blog en
sachant qu'on ne pourra plus le partager avec elle..
Néanmoins, elle est toujours avec
nous..
Et je tenais à publier tous ces jolis
textes écrits pour elle..
N'hésitez pas à m'envoyer ceux que je
n'ai pas encore reçus.. même scannés , en écriture manuelle, je
les taperai pour les publier..
Voici déjà ceux de Monique Slama, de
Monique Papouchado et de Héla..
PS: moi je me rappelle du mot "el blid" qu'elle nous assenait à toutes les sauces... surtout Ginette.. mais ma mère n'était pas en reste pour tous ces petits "mots doux"...
Texte de Monique Slama :
En cet instant, j’ai surtout l’image de ma mère très âgée, et
dans ce souvenir je vois surtout un regard naïf et très amusé sur le monde
autour d’elle.
Je n’oublie pas que le médecin, Dr Bohbot, chaque fois qu’il
m’a croisée alors qu’il était en visite chez eux restait un moment à écouter
les échanges entre mes parents et les réparties de ma mère en particulier et
sortait en disant : « Mais vos parents sont adorables, est-ce qu’ils
sont toujours comme ça, est-ce qu’ils se chamaillent pour de bon ? »
Je n’oublie pas qu’elle a dit récemment à une infirmière qui
lui mettait les bas de contention qu’on pouvait peut-être arrêter de s’embêter
avec ça et l’infirmière est restée un bon moment à lui réexpliquer l’importance
de cela, ce que ma mère savait bien sûr parfaitement.
Je crois que dans cette dernière partie de sa vie, elle s’est
sentie amie avec les petites gens, les petits commerçants de la rue comme le
retoucheur dans sa toute petite boutique, avec ces gens qui ont beaucoup de
respect ou d’affection pour les personnes âgées ; avec ce retoucheur, on
rusait à de nombreuses reprises pour pouvoir payer les réparations des
vêtements qu’il faisait et il rusait pour qu’elle ne paye pas. Cette
ambiance–là faisait que c’était un moment très gai de sortir pour aller au bout
de la rue et avoir de grands signes amicaux de quelques voisins, commerçants de
la rue, et d’aller boire un jus de tomate ou un café dans l’un des cafés du
coin. Je pense que cette entente avec les petites gens faisait écho à son goût
pour le social comme dans sa jeunesse elle avait essayé d’aider les jeunes
filles pauvres de la Hara de Tunis par l’apprentissage.
Je n’oublierai pas non plus la relation très sympathique avec
Blaise, avec les aides-soignantes et infirmières, tous ces gens si présents
dans cette fin de vie.
Je dirai aussi que j’ai trouvé beaucoup de tolérance dans le
regard de ma mère qui a accepté à la fin de sa vie, chacun de ses enfants et
de leurs conjoints, ses petits-enfants
et leurs conjoints. C’est ce regard sans amertume, cette façon de ne pas faire
de reproche (par exemple à ceux qui venaient peu) qui me manquera. Elle avait
également bien intégré dans son monde mes amis, avec qui elle a pu échanger, aller chez eux quand elle s’est sentie la force pour Pierre
et Dominique, aller boire un pot avec Line et Claude.
Elle m’a souvent raconté que son père, la veille de son décès
s’était rasé de près, il fallait être bien soigné de sa personne et avait
demandé au médecin : « Comment allez-vous, docteur ? » et
c’est un peu la même chose pour elle cette façon d’être avec un peu de dérision
et de tolérance.
Il y a eu aussi les devoirs qui s’imposaient à elle :
aller à Montpellier en ce début d’année, pour les adieux à sa sœur : cela
me semblait surhumain, qu’elle puisse aller au cimetière de Montpellier, en
partant de Paris, un jour de grève de taxi ; ça n’allait pas être
possible, si ça l’a été, on sentait que rien ne l’aurait fatigué ce jour-là.
Ces derniers mois, elle a aussi pu retrouver Tsilla et sa
gaieté, sa vivacité, dans la douleur de la perte de Jacquie.
Je voudrais dire un mot également des séjours qu’elle a fait
chez Gilles et Evelyne, séjours où elle a trouvé beaucoup de plaisir et son
dernier séjour là-bas a été sa dernière
semaine de vie, où elle a pu aller au marché, au restaurant et plaisanté avec
Gilles et Evelyne.
Apaisement, tolérance et regard amusé et naïf me semblent être
les points marquants de ses derniers temps.
Texte de Monique Papouchado :
Et voila, la joyeuse bande du 66 est au
complet. Ginette, dernier élément d’un puzzle à 8 pièces, ta
fratrie.
Ta mère Eugénie (Ginie, comme on
disait en Tunisie) va t’accueillir en se trompant dans les
prénoms : « Lily, Clairette, Jacquie, Ginette !
C’est à cette heure-ci que tu
rentres ? »
Et c’est de notre faute, que Mémé
nous pardonne, car nous on a voulu te garder plus longtemps, encore
plus longtemps avec nous, pour entendre encore ton rire éclatant,
tes petites phrases incisives, si « natafiennes » , aller
avec toi prendre un petit café au coin de la rue d’Enghien,
déjeuner au restaurant chinois. Tu sais, j’aime bien la cuisine
chinoise, mais franchement, tous les canards laqués du monde ne
valent pas une miette de ta cuisine à toi, faite avec tant d’amour.
Jusqu’au bout tu auras expliqué et montré comment faire telle
ou telle recette.
Quand tu es née, tu as failli mourir,
mais ton père a voulu qu’on fasse tout pour que tu vives, et tu as
réussi à vivre, sans doute grâce à ton immense vitalité, la même
qui t’a accompagnée tout au long de ta vie, même au milieu des
pires épreuves.
Comme tes sœurs, tu t’es dévouée
pour la communauté juive, au moins depuis tes 20 ans, à Tunis, avec
les jeunes de la Hara que tu as aidés à sortir de la misère noire,
et plus tard à Paris, avec les Keren Kayemet le Israël.
:
Tu as rejoint ton étoile.
Je cherche le nom de cette étoile, comment s’appelle-t-elle, déjà ? Est-ce qu’elle s’appelle.. Näfâlabou ?
Je cherche le nom de cette étoile, comment s’appelle-t-elle, déjà ? Est-ce qu’elle s’appelle.. Näfâlabou ?
Ah, non cela me revient, cette étoile
s’appelle Serge.
A la dernière phrase d’un de ses
poèmes Jacques Prévert dit :
« Et moi aussi comme eux je m’en
irai ».
Shalom, doda cheli, shalom, ve le itkha
od.
(au revoir, ma tante, au revoir et à
plus tard).
Texte de Héla :
Chère Mammie
Toi et moi, qu’est-ce
qu’on adorait se taquiner ; je t’appelais Yvonne pour t’embêter et toi tu
me disais qu’avec le foot j’aurais des gros mollets.
Et puis autour d’une citronnade et d’un morceau de boulou, on
se retrouvait. Tu avais toujours les mots pour nous donner le sourire,
d’ailleurs j’ai retrouvé un mail que tu m’avais envoyé en 2009 et je voulais
t’en lire un extrait : « Salut Héla. Ton orchidée est magnifique.
Tous les boutons sont éclos. C’est un véritable régal pour les yeux. Par contre
les céleris rave sont durs comme de la pierre. Mais heureusement demain je les
refilerai à Doro ».
En retombant sur ce message, j’ai eu l’impression que tu étais
en face de moi, avec ton regard malicieux, ton humour imprévisible et ta
spontanéité qui te rendent si attachante.
Mais avant tout, tu es celle avec qui on faisait tant de
parties de skopa, et tu nous rendais tous jaloux lorsque tu avais le 7 de carreaux.
Et je me souviens des manicottes que tu cachais dans le meuble
du salon, mais dont tout le monde connaissait la cachette, sans oublier la
collaboration de Papy, qui était responsable de la préparation du sucre.
Et puis il y a eu Palavas, les premières mûres tombant des
mûriers, les premières glaces à la mangue, les coquillages qu’on ramassait, les
crabes qu’on évitait, les rascasses encore frétillantes qu’on ramenait du
marché… Et toi tu étais au balcon et tu nous faisais des grands signes.
Et rappelle-toi la génération entière que tu as menacée
d’enfermer dans les cabinets, les heures passées devant « Questions pour
un champion », toutes les fois où Mimine s’est blottie contre ton zona,
nos escapades Place de l’Etoile pour observer l’Arc de Triomphe, ta découverte
des brochettes coréennes, le plaisir que tu avais de saucer de l’huile ou
plutôt d’huiler le pain et de manger des Tuc en secret, ton regard qui
s’illuminait lorsque c’était l’heure du kir et je t’entends encore me dire
« et même la mouche elle tousse ».



















































